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jeudi 12 avril 2012

Le Bouffon au luth


Cette oeuvre, qui peut être datée de 1624-1626, au début de la brillante période utrechto-caravagesque de l'artiste, est une allusion au monde du théâtre (costume à l'ancienne) et une possible allégorie de l'ouïe ou de la vanité (vanité de la musique et des plaisirs). Il en existe une copie longtemps célèbre mais d'une réputation usurpée, au Rijksmuseum d'Amsterdam.
Comédien ou bouffon ?
Un jeune homme, représenté à mi-corps sur un fond neutre, est en train de jouer du luth. Hals utilise pour le représenter un cadrage très serré qui semble faire sortir la figure du cadre de l'oeuvre. Il accentue ainsi l'impression de mouvement du luthiste, soulignée par les torsions inverses de la tête et du buste. L'identité du personnage reste incertaine. S'agit-il d'un simple musicien en représentation ? Tient-il le rôle d'un bouffon comme a pu le faire croire son extrême jovialité ? Ou bien est-il une figure de théâtre comme l'indiquerait son élégant et archaïsant costume de fantaisie (du XVIe siècle) ?
Un portrait de genre
La physionomie du luthiste est traitée avec une grande vivacité. Un ample sourire malicieux, peut-être ironique, anime l'ensemble du visage. La spontanéité naturelle qui émane du tableau s'inspire incontestablement de l'étude d'un homme bien réel, modèle que l'on retrouve d'ailleurs dans plusieurs autres oeuvres du maître. Cependant il ne s'agit pas ici d'un portrait à proprement parler, genre dans lequel Hals s'est aussi beaucoup illustré. La commande de portrait était en effet réservée aux classes supérieures de la société, à la noblesse, à la bourgeoisie ou encore aux lettrés qui se faisaient peindre dans des poses conventionnelles un peu statiques. La mise en scène de personnages du "petit peuple", paysans, joyeux buveurs ou filles de joie, n'avait évidemment pas du tout le même but de reconnaissance sociale. En fait ces tableaux, qui appartiennent à ce que l'on nomme le portrait de genre, étaient bien souvent le support d'une réflexion morale sur les plaisirs des sens et leurs dangers. Ainsi ce luthiste pourrait-il être une allégorie de l'ouïe ou bien encore une leçon sur la vanité de la musique, éphémère par essence.
La période caravagesque de l'artiste
Ce portrait de genre, mi-réaliste mi-allégorique, est proche de sujets semblables traités par les caravagesques d'Utrecht. La façon d'éclairer le personnage par une lumière latérale puissante qui modèle les volumes est en effet caractéristique du courant caravagesque. Cependant rien n'autorise à penser que le Maître de Haarlem ait eu un contact direct avec des artistes comme Hendrick ter Brugghen (1588-1629) ou Gerrit van Honthorst (1590-1656). Sans doute cette parenté stylistique s'explique-t-elle par la vogue de ce type de tableaux qui circulaient dans toute l'Europe. Mais Hals s'écarte de ces représentations un peu stéréotypées par un traitement pictural particulièrement fougueux. En grand coloriste, il rehausse le jeu sur les noirs et les rouges d'éclats dorés. Ce luthiste, par son dynamisme, annonce cette liberté de touche qui culmine avec la célèbre Bohémienne (musée du Louvre, M.I. 926). Cette période caravagesque, courte (de 1620 à 1625 environ) mais si brillante, a assuré la prodigieuse renommée de Hals au XIXe siècle, considéré comme un Édouard Manet avant la lettre.
Bibliographie
- GRIMM Claus, "Le Joueur de luth de Frans Hals au Louvre", in La Revue du Louvre, 1988, 5-6, pp. 399-408.

- SLIVE Seymour, Frans Hals, catalogue d'expositionMünchen, Prestel, 1989.

- FOUCART Jacques (dir.), Musée du Louvre. Nouvelles acquisitions du département des Peintures, 1983-1986, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1987, pp. 78-81.

La représentation des nains et des bouffons dans l'œuvre de Vélasquez (Monique Zerbib)

Vélasquez, peintre du siècle d’or espagnol, ne s’est pas contenté d’être le peintre du roi. Il peint avec succès le petit peuple du palais chargé d’amuser la cour. Bouffons et nains occupent une place de choix dans son œuvre qui n’est pas sans gravité. Le peintre par sa capacité à voir ce qui est caché, révèle toute l’humanité présente dans ses modèles et témoigne de la qualité de leur présence. Cette quête de l’intériorité dont témoigne l’œuvre d’art n’est-elle pas à l’image de ce travail psychique à l’œuvre dans la rencontre de l’analyste et de l’analysant ?
Mots-clés

Vélasquez, Séville, La cour, Nains et bouffons, L’oeil du peintre, Regard sur le handicap, La passivité créatrice, Existence et reconnaissance, Intériorité, Art et psychanalyse

Monique Zerbib
Ex-boursière de la Casa Velàzquez à Madrid, Psychologue-Psychanalyste, membre praticien de la Société de Psychanalyse freudienne. 130 av. du Maine - 75014 Paris.

Lire en ligne
Monique Zerbib « La représentation des nains et des bouffons dans l'œuvre de Vélasquez », Champ psychosomatique 3/2004 (no 35), p. 41-59.